In the Penal (Neuro-) Colony

ISEA 2016 (Keynote), May 21st, 2016, Hong-Kong 

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Kafka’s short story, « In the Penal Colony », is centered on a complicate and rather mysterious machine. The inspector, and the reader, will never completely understand its function. But we know that it writes, it engraves the sentence on the body of the man convicted in characters that are in themselves undecipherable. The convict does not know his sentence until after it has been carved on his body, at the very end in fact, just before he dies.

The machines of neuroscience are complicate and mysterious to us. Some of them are meant to spy our thoughts in our brains, or report our lies or recognize and read our biases (are we aggressive, psychopaths, racists, pedophiles?). We may not be conscious of these biases but the machine would spot them nevertheless. It seems that we have written on our body (in our brain in fact) in characters that we cannot read ourselves something fundamental about our person. Is it similar to chiromancy? For the believer, the lines of our hands meant something which was decisive for our future but which only an expert could read. Of course, chiromancy was a children tale, whereas neuroscience is science. Another difference may be that we have lines in our hands whether we try to read them or not. What about the neuro-traces of our biases? These strangely shaped red zones that appear on the colorful map of the criminal brain, did they exist before the machine was set into action? Or did the machine somehow impose them in the brain of the subject? Do we live in a penal (neuro)-colony?

It is the question,I will investigate using several art works referring to the brain: a machine for reading thoughts that the Belgian writer Jean-Philippe Toussaint put up at the Louvre in 2012, several pieces from Gregory Chantonsky, and a recent film by Gwenola Wagon and Stephane Degoutin.

At stake is the relationship between the subject and a new form of power conferred to technology. There is embodied in the machines of neuroscience a new kind of biopolitics that does not concern life in general but the specific existence of brain. To what extent does the subject of the (neural)-penal colony remain human? Or has become (s)he a telepathic rat? How could (s)he escape? Do these works, writings, installation, films, concerning neuroscience enable us to confront the neuro-power or do they contribute to fascinate us and re-establish the (neural)-penal colony

Bio

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Je suis professeur au département de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Je suis également co-éditeur de la revue SubStance.

De façon générale, mon travail concerne les relations entre Imaginaire et Raison, et le problème d’une expression philosophique, qui utilise la fiction pour fonder une perspective speculative et se donner les moyens d’une critique du contemporain.

J’ai d’abord étudié la façon dont l’imaginaire (des rêves, des fictions) pénètre des domaines qui semblent relever de la raison: en logique (dans les travaux de Kurt Gödel), dans la cybernétique de Norbert Wiener, dans certaines recherches sur le cerveau en  neurosciences. Dans cette perpective, j’ai beaucoup travaillé sur les archives de savants: on peut y marquer comment des avancées scientifiques ou technologiques, sont influencées par des fictions préalables, des rêves personnels, des superstitions parfois.

Inversement, l’imaginaire se transforme au contact des sciences et de la technologie. Toute une série d’êtres bizarres naissent de ces rencontres: pas seulement des robots. Les machines contemporaines transforment nos fictions, jusque dans leur forme, ou dans leur médium: comment, dans l’art numérique par exemple, la fiction se développe à l’écran dans un dispositif qui n’a plus la linéarité d’un récit. Que peut-on raconter de cette façon ? Ou comment analyser cette e-magination ?

Enfin, cet entrelacement de l’imaginaire et de la raison pose le problème de l’écriture même de la philosophie. Dans cette perspective, j’ai beaucoup travaillé sur la question de la raison dans la philosophie en France. A mes yeux, il faut utiliser la fiction comme une méthode systématique d’enquête philosophique pour redonner à la philosophie une portée spéculative et une portée critique sur le monde contemporain. Dans des travaux plus personnels, j’utilise la fiction pour décrire et conceptualiser des domaines que la tradition philosophique ignore, ou refoule: le temps perdu, les phobies, les bords de mer… Des domaines donc que les philosophes évitent les plus souvent, préférant parler du travail plutôt que de la paresse, ou de la noble angoisse plutôt de cette peur absurde qu’est la phobie ou préférant aux rivages incertains la terre ferme sur laquelle se plante l’arbre de la science.

Je travaille actuellement sur plusieurs projets. Dans un livre, en cours d’écriture, provisoirement intitulé, Syndromes technologiques, j’analyse la façon dont les technologies contemporaines transforment la subjectivité et ce que l’on peut appeler la sphère intérieure, l’expérience en première personne: ce que c’est que d’éprouver quelque chose. Cette expérience en première personne n’est plus la même, ni dans son contenu, ni dans sa position. Parallèlement, je collabore avec Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon à un film, Bienvenue Erewhon, une adaptation contemporaine du roman de Samuel Butler. Avec Paul Harris, et la revue SubStance, nous lançons enfin une collection d’oeuvres digitales: voir ici.

Je suis né en 1971 à Tunis. Elève de l’ENS, rue d’Ulm, de 1991 à 1996, j’ai suivi un cursus parallèle en mathématiques et en philosophie. Après une thèse de philosophie, soutenue en 1999, j’ai été nommé chargé de recherche au CNRS, où je suis resté de 2001 à 2011. J’ai alors obtenu un poste de professeur des universités au département de philosophie de l’université Paris 8.

Certaines de mes publications universitaires peuvent être consultées ici.

Lire le cerveau. Neuro/science/fiction

Lire le cerveau. Neuro/science/fiction. Paris, Seuil, 2012

 

La science-fiction a souvent exploré l’idée d’un « lecteur de cerveaux », appareil qui permettrait de lire directement la pensée dans le cerveau. Plusieurs articles scientifiques récents reprennent et discutent un tel projet. Les chercheurs ici rêvent et ils le savent. Mais ce rêve, ou ce fantasme, pose des questions fondamentales et passionnantes sur ce qu’on dénomme « pensée ». Comment concevoir un lecteur de cerveaux ? Quelles seraient ses fonctions ? Quel usage en ferions-nous ? Comment transformerait-il les relations humaines ? C’est ce qu’il s’agit ici de chercher à comprendre, par le biais de la fiction ? par exemple en en appelant à Proust et Hitchcock. On rencontre en effet dans leurs œuvres ce que l’on pourrait appeler des scènes « critiques », véritables expériences de pensée permettant de mesurer la portée et de préciser les fonctions d’un lecteur de cerveaux.

Ecouter l’entretien avec Jean-Claude Hennebel à propos de ce livre