Métaphysique d’un bord de mer

Entretien avec Géraldine Mosna-Savoye, autour de la métaphysique d’un bord de mer, pour Les nouveaux chemins de la connaissance, France Culture, 1er juillet 2016.

Ecouter ici :

http://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/la-metaphysique-d-un-bord-de-mer-par-pierre-cassou

Métaphysique d’un bord de mer

Métaphysique d’un bord de mer, Paris, Editions du Cerf, 2016

Comment s’est inventé le bord de mer ? Avec quelles figures historiques, quels rituels sociaux, quelle littérature ? Quel est le sens de cette construction ? Et comment la décrire ? Car les concepts usuels de la métaphysique sont essentiellement terrestres et sont inadéquats pour traduire le mouvant, le fluctuant, le sans sol. Il faut les y faire jouer à contre-emploi ou les détourner pour les rattacher à ce milieu particulier qu’est la plage. Aussi le bord de mer semble appeler une autre métaphysique, qui reste à élaborer. Un livre polyphonique, construit par fragments, où chacun peut entrer comme il veut, à la saison de son choix, en fonction de son humeur ou de ses goûts, comme on peut passer un week-end à la mer en hiver, ou y rester tout un mois l’été.

S’entrecroisent des récits, des scènes de plage, des souvenirs d’enfance ou le portrait de personnages singuliers, avec l’analyse de textes littéraires et des réflexions proprement philosophiques sur les concepts et le statut de la métaphysique.
Ces fragments s’organisent en une chronique retraçant une année au bord de la mer. Une histoire des bords de mer, ou comment un territoire du vide est devenu un petit paradis. Une autre manière de faire de la philosophie.

Entretien à propos de ce livre

Entretien à propos de ce livre

 

 

 

 

Les limites imaginaires du monde de la raison

Quatre conférences au CUF Saint Petersbourg 9-18 février 2016

 

La plage du Moulleau                                     (Jean-Paul Alaux, 1909)

 

Conférences I et II. Introduction. Descartes, ou comment le rationalisme prend l’eau

Conférence III. Le bord de mer

Conférence IV. Le cas Gödel

Bio

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Je suis professeur au département de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Je suis également co-éditeur de la revue SubStance.

De façon générale, mon travail concerne les relations entre Imaginaire et Raison, et le problème d’une expression philosophique, qui utilise la fiction pour fonder une perspective speculative et se donner les moyens d’une critique du contemporain.

J’ai d’abord étudié la façon dont l’imaginaire (des rêves, des fictions) pénètre des domaines qui semblent relever de la raison: en logique (dans les travaux de Kurt Gödel), dans la cybernétique de Norbert Wiener, dans certaines recherches sur le cerveau en  neurosciences. Dans cette perpective, j’ai beaucoup travaillé sur les archives de savants: on peut y marquer comment des avancées scientifiques ou technologiques, sont influencées par des fictions préalables, des rêves personnels, des superstitions parfois.

Inversement, l’imaginaire se transforme au contact des sciences et de la technologie. Toute une série d’êtres bizarres naissent de ces rencontres: pas seulement des robots. Les machines contemporaines transforment nos fictions, jusque dans leur forme, ou dans leur médium: comment, dans l’art numérique par exemple, la fiction se développe à l’écran dans un dispositif qui n’a plus la linéarité d’un récit. Que peut-on raconter de cette façon ? Ou comment analyser cette e-magination ?

Enfin, cet entrelacement de l’imaginaire et de la raison pose le problème de l’écriture même de la philosophie. Dans cette perspective, j’ai beaucoup travaillé sur la question de la raison dans la philosophie en France. A mes yeux, il faut utiliser la fiction comme une méthode systématique d’enquête philosophique pour redonner à la philosophie une portée spéculative et une portée critique sur le monde contemporain. Dans des travaux plus personnels, j’utilise la fiction pour décrire et conceptualiser des domaines que la tradition philosophique ignore, ou refoule: le temps perdu, les phobies, les bords de mer… Des domaines donc que les philosophes évitent les plus souvent, préférant parler du travail plutôt que de la paresse, ou de la noble angoisse plutôt de cette peur absurde qu’est la phobie ou préférant aux rivages incertains la terre ferme sur laquelle se plante l’arbre de la science.

Je travaille actuellement sur plusieurs projets. Dans un livre, en cours d’écriture, provisoirement intitulé, Syndromes technologiques, j’analyse la façon dont les technologies contemporaines transforment la subjectivité et ce que l’on peut appeler la sphère intérieure, l’expérience en première personne: ce que c’est que d’éprouver quelque chose. Cette expérience en première personne n’est plus la même, ni dans son contenu, ni dans sa position. Parallèlement, je collabore avec Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon à un film, Bienvenue Erewhon, une adaptation contemporaine du roman de Samuel Butler. Avec Paul Harris, et la revue SubStance, nous lançons enfin une collection d’oeuvres digitales: voir ici.

Je suis né en 1971 à Tunis. Elève de l’ENS, rue d’Ulm, de 1991 à 1996, j’ai suivi un cursus parallèle en mathématiques et en philosophie. Après une thèse de philosophie, soutenue en 1999, j’ai été nommé chargé de recherche au CNRS, où je suis resté de 2001 à 2011. J’ai alors obtenu un poste de professeur des universités au département de philosophie de l’université Paris 8.

Certaines de mes publications universitaires peuvent être consultées ici.