Un laboratoire philosophique. Cavaillès et l’épistémologie en France

« L’histoire – note Léon Brunschvicg – est le laboratoire du philosophe ». Cette idée nous a semblé définir la perspective de l’épistémologie historique qui se développe dans les années trente avec Cavaillès, Bachelard et Lautman. Il s’agit bien en effet d’une réforme des notions classiques de la philosophie, la conscience, la raison, l’imagination, le rapport entre la pensée et le sensible, la subjectivité et l’objectivité, mise en oeuvre et mise en expérience dans une histoire des sciences. Bien que la philosophie en France après guerre se détache largement de l’histoire des sciences, elle restera marquée par cette réforme philosophique commencée dans les années trente. C’est du moins ce que nous voulons montrer.
Nous nous proposons de présenter les grandes articulations de l’épistémologie historique, autour de Cavaillès, d’analyser les opérations conceptuelles qu’elle accomplit, pour en suivre le retentissement jusque dans la philosophie contemporaine.

L’Autre des mathématiques

Sur la conférence de Lacan au colloque de Batimore, 1966:  “Of Structure as an Inmixing of an Otherness Prerequisite to Any Subject Whatever”

Comment définir le rapport de Lacan aux mathématiques, ou le rapport du « structuralisme » de Lacan à un « structuralisme » mathématique ?

Le texte marque un moment clé dans le parcours de Lacan où, à la fois, Lacan sépare son modèle du sujet de celui qui ressortirait des mathématiques et de la science modernes, et utilise de façon systématique des objets mathématiques pour fixer ce modèle du sujet.

Il s’agit en particulier de situer Lacan par rapport à Cavaillès (et à Bateson) qui utilisent également les mathématiques (et parfois les mêmes éléments mathématiques) pour mettre en question l’étendue de la conscience.

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Exposé au colloque “Batimore 1966”, Université Paris 10, décembre 2016

Bio

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Je suis professeur au département de philosophie à l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Je suis également co-éditeur de la revue SubStance.

De façon générale, mon travail concerne les relations entre Imaginaire et Raison, et le problème d’une expression philosophique, qui utilise la fiction pour fonder une perspective speculative et se donner les moyens d’une critique du contemporain.

J’ai d’abord étudié la façon dont l’imaginaire (des rêves, des fictions) pénètre des domaines qui semblent relever de la raison: en logique (dans les travaux de Kurt Gödel), dans la cybernétique de Norbert Wiener, dans certaines recherches sur le cerveau en  neurosciences. Dans cette perpective, j’ai beaucoup travaillé sur les archives de savants: on peut y marquer comment des avancées scientifiques ou technologiques, sont influencées par des fictions préalables, des rêves personnels, des superstitions parfois.

Inversement, l’imaginaire se transforme au contact des sciences et de la technologie. Toute une série d’êtres bizarres naissent de ces rencontres: pas seulement des robots. Les machines contemporaines transforment nos fictions, jusque dans leur forme, ou dans leur médium: comment, dans l’art numérique par exemple, la fiction se développe à l’écran dans un dispositif qui n’a plus la linéarité d’un récit. Que peut-on raconter de cette façon ? Ou comment analyser cette e-magination ?

Enfin, cet entrelacement de l’imaginaire et de la raison pose le problème de l’écriture même de la philosophie. Dans cette perspective, j’ai beaucoup travaillé sur la question de la raison dans la philosophie en France. A mes yeux, il faut utiliser la fiction comme une méthode systématique d’enquête philosophique pour redonner à la philosophie une portée spéculative et une portée critique sur le monde contemporain. Dans des travaux plus personnels, j’utilise la fiction pour décrire et conceptualiser des domaines que la tradition philosophique ignore, ou refoule: le temps perdu, les phobies, les bords de mer… Des domaines donc que les philosophes évitent les plus souvent, préférant parler du travail plutôt que de la paresse, ou de la noble angoisse plutôt de cette peur absurde qu’est la phobie ou préférant aux rivages incertains la terre ferme sur laquelle se plante l’arbre de la science.

Je travaille actuellement sur plusieurs projets. Dans un livre, en cours d’écriture, provisoirement intitulé, Syndromes technologiques, j’analyse la façon dont les technologies contemporaines transforment la subjectivité et ce que l’on peut appeler la sphère intérieure, l’expérience en première personne: ce que c’est que d’éprouver quelque chose. Cette expérience en première personne n’est plus la même, ni dans son contenu, ni dans sa position. Parallèlement, je collabore avec Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon à un film, Bienvenue Erewhon, une adaptation contemporaine du roman de Samuel Butler. Avec Paul Harris, et la revue SubStance, nous lançons enfin une collection d’oeuvres digitales: voir ici.

Je suis né en 1971 à Tunis. Elève de l’ENS, rue d’Ulm, de 1991 à 1996, j’ai suivi un cursus parallèle en mathématiques et en philosophie. Après une thèse de philosophie, soutenue en 1999, j’ai été nommé chargé de recherche au CNRS, où je suis resté de 2001 à 2011. J’ai alors obtenu un poste de professeur des universités au département de philosophie de l’université Paris 8.

Certaines de mes publications universitaires peuvent être consultées ici.